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La route de la liberté en Andorre : filières d’évasion de la Seconde Guerre mondiale
L'Andorre, territoire neutre entre la France occupée et l'Espagne
Qu’était la route de la liberté et pourquoi est-elle importante en Andorre ?
Autant être clair dès le départ : il n’existe aucune route andorrane officielle portant ce nom, ni aucun itinéraire balisé que vous puissiez parcourir. Ce qui est documenté est plus intéressant. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Andorre était un territoire neutre et un lieu de passage pour plusieurs filières d’évasion, les réseaux qui faisaient sortir de la France occupée des aviateurs alliés, des réfugiés et des personnes persécutées pour les conduire vers l’Espagne.
Les filières d’évasion passées par l’Andorre
D’après l’association britannique consacrée à l’histoire des filières d’évasion, les réseaux Pat O’Leary, Dutch-Paris, François et Marie-Claire ont emprunté des routes andorranes. Lorsque les itinéraires bas et côtiers des Pyrénées ont été compromis, les réseaux se sont déplacés vers l’intérieur, vers des cols élevés plus difficiles à surveiller.
Pourquoi la destination a changé
Le cas de Dutch-Paris l’explique bien. Ce réseau passait d’abord en Suisse, mais ceux qui y étaient internés y restaient jusqu’à la fin de la guerre. Il a donc changé de direction : Toulouse, Saint-Girons, Foix et, souvent, l’Andorre.
Pas une résistance andorrane
L’idée d’une « résistance andorrane » organisée doit elle aussi être nuancée. Les sources décrivent l’Andorre comme un territoire neutre et intermédiaire, non comme un front de combat. Les guides de ces routes étaient en majorité espagnols et souvent contrebandiers.
Le rôle clé de l’Andorre pendant la guerre
Un pays neutre en pleine montagne, entre la France occupée et l’Espagne, est devenu un lieu sous haute observation. La source le décrit surveillé par des espions et des agents de tous les pays en guerre, chacun gardant un œil sur les autres.
Les hommes qui organisaient le passage
Francesc Viadiu, recruté à Montpellier par un agent britannique connu sous le nom de « Mr Miller », coordonnait des guides pour les évadés. Joaquim Baldrich, guide de montagne et contrebandier d’une vingtaine d’années, a aidé plusieurs centaines de réfugiés à gagner l’Espagne. Ils connaissaient ces passages pour une bonne raison : le métier raconté dans l’empreinte des contrebandiers en Andorre.
L’hôtel Mirador
De nombreuses rencontres clandestines auraient eu lieu à l’hôtel Mirador, où tout le monde surveillait tout le monde.
Radio Andorre
La station était puissante, émettait dans toute l’Europe et entendait rester neutre. Les Allemands ont tenté de l’acheter ou de la manipuler à des fins de propagande sans y parvenir, même s’ils ont eu accès à Radio Monte-Carlo. On raconte aussi que des réfugiés envoyaient des messages codés à leurs proches en France par le biais de chansons dédicacées.
Les lieux emblématiques de la route de la liberté en Andorre
Plutôt qu’un chemin unique, il s’agissait d’une chaîne d’étapes. Beaucoup se trouvent hors du pays, et les suivre aide à saisir la véritable ampleur du voyage.
Avant d’arriver : Toulouse et Ussat-les-Bains
Toulouse était un grand point de rassemblement. De nombreux fugitifs s’arrêtaient à l’hôtel de Paris, tenu par les Montgelard. Le couple a été capturé et déporté, et elle seule est revenue. Beaucoup d’itinéraires commençaient à Ussat-les-Bains.
La traversée
Aller de France en Andorre prenait de trois à sept jours selon le temps. Sans lune, les nuits en montagne étaient d’un noir total. Les refuges cachés et les sentiers précis ne sont pas identifiés dans les sources consultées : ne vous fiez donc pas à ceux qui vous en désignent un comme « l’authentique » sans documents à l’appui.
Après l’Andorre : Manresa et Barcelone
Depuis l’Andorre, il restait plusieurs jours de marche jusqu’à Manresa, puis le train jusqu’à Barcelone. Là, le consul et le vice-consul britanniques aidaient les évadés, et le voyage continuait vers Lisbonne ou Gibraltar. Ceux qui arrivaient avec des gelures étaient soignés par le docteur Trias, puis transférés dans un hôpital anglo-américain de Madrid et à l’ambassade britannique.
Un lieu que vous pouvez visiter
Le site le plus directement lié à cette histoire que vous pouvez visiter aujourd’hui est le Museu del Tabac, dans l’ancienne manufacture Reig de Sant Julià de Lòria, en activité de 1909 à 1957. Il présente des vitrines sur la contrebande de tabac, de cigares et de cigarettes, le métier dont venaient bon nombre de ces guides. À cette époque, les équipes franchissaient la montagne avec des charges allant jusqu’à 30 kilos et la France réclamait toujours plus de laine, avec les Andorrans pour intermédiaires. C’est cette connaissance des passages qui a permis de faire sortir tant de personnes par ici. Vérifiez les horaires avant de partir.
Comment commémorer cette histoire aujourd’hui
Pas besoin de visite guidée pour aborder cet épisode. Vous pouvez le faire par vous-même, avec quelques lectures et une bonne paire de chaussures.
En été et en automne
Marcher est le meilleur moyen de comprendre ce que signifiait franchir ces montagnes. La vallée du Madriu ou les lacs de Pessons, dont le sentier part d’El Cubil à Grau Roig, donnent la mesure du terrain, et vous trouverez d’autres idées parmi les randonnées en Andorre. Aucune n’est une route d’évasion documentée, mais c’est le même type de haute montagne. Si les chemins anciens vous intéressent, découvrez aussi la route du Camí Ral.
En hiver
Le froid et la neige faisaient partie du risque. Aujourd’hui, en saison, vous pouvez partir en raquettes depuis Grau Roig avec une sécurité qu’ils n’ont pas connue, et comprendre pourquoi les gelures étaient un problème si grave. C’est aussi la haute saison de l’hôtel, avec accès aux pistes de Grandvalira.
Où séjourner
L’hôtel Grau Roig, qui figure dans le Guide Michelin, constitue une bonne base pour se déplacer en montagne. À votre retour, vous disposez du spa avec piscine chauffée et de plusieurs adresses gastronomiques : La Vaquería, El Teatro del Vino, La Marmita, La Fromagerie et Secret Room.