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Châteaux d’Andorre : l’architecture défensive en montagne
Du Roc d'Enclar à la tour de Les Bons
Découvrez les châteaux d’Andorre : histoire et architecture
Plutôt que des tours crénelées et des remparts intacts, l’Andorre conserve l’empreinte de son passé défensif dans deux lieux d’un grand intérêt historique, le Roc d’Enclar et Les Bons, qui expliquent clairement comment ce territoire de montagne était défendu et qui le contrôlait. Si vous séjournez à l’Hôtel Grau Roig, qui figure dans le Guide Michelin, vous pouvez les visiter en une seule journée.
Les deux lieux à connaître
- Château de Sant Vicenç d’Enclar. Ce sont les vestiges d’une enceinte fortifiée sur un promontoire rocheux dominant Santa Coloma, à Andorre-la-Vieille. C’est le site le plus riche en histoire.
- Les Bons. À Encamp, une ancienne tour défensive et l’église romane de Sant Romà partagent un promontoire au-dessus de la vallée. Ici, une tour est bien encore debout.
Une clé historique
Pour comprendre ce que vous voyez, il faut se tourner vers l’histoire politique du pays. Les paréages signés à la fin du XIIIe siècle entre l’évêque d’Urgell et le comte de Foix, en 1278 et 1288, ont organisé le partage du pouvoir sur l’Andorre. Celui de 1288 a directement touché le château d’Enclar, comme vous le verrez ci-dessous.
Le château de Sant Vicenç d’Enclar : un trésor médiéval en Andorre
Également appelé château d’Enclar, ce site a été utilisé pendant des siècles, bien avant que le château médiéval ne prenne forme. Ce que vous voyez aujourd’hui, ce sont des vestiges archéologiques et une église, et non une forteresse complète.
Une longue chronologie
Selon l’Enciclopèdia Catalana, à l’époque romaine, le secteur avait déjà de l’importance pour son activité viticole. Voici les grands moments de la colline :
- IVe-Ve siècles. La colline devient un castellum fortifié, peut-être pour contrôler un passage et les populations pyrénéennes. La moitié sud du plateau, environ 5 600 m², est fortifiée par un mur ou une palissade et des tours quadrangulaires.
- VIe-VIIIe siècles. Elle sert de centre administratif, peut-être lié à l’évêque d’Urgell, et comme refuge pour la population.
- Après la conquête carolingienne. Elle devient un symbole du pouvoir des souverains francs et des comtes locaux.
- 1190. Un document indique que le site était très délaissé et qu’il fallait le reconstruire, au moins en partie.
- À partir de 1265. Le comte de Foix Roger Bernard III lance la grande reconstruction de l’enceinte, avec des fonctions militaires, administratives et résidentielles.
- 1288. Le paréage interrompt les travaux, jamais achevés, et ordonne la démolition du château, surtout de la tour et de la porte.
L’église de Sant Vicenç d’Enclar
À côté des vestiges se trouve l’église, de plan rectangulaire avec abside carrée, dotée d’un clocher circulaire adossé au mur sud de la nef. Elle a été restaurée il y a quelques années pour retrouver son aspect d’origine. Les sources officielles ne s’accordent pas sur sa date : l’office de tourisme d’Andorre-la-Vieille la situe à la fin du VIIe siècle et la présente comme le plus ancien temple du pays, tandis que Visit Andorra retient le IXe siècle comme date la plus probable.
Elle présente un détail curieux : une inscription arabe souhaitant la santé aux fidèles, seule trace d’influence califale en Andorre selon l’office de tourisme.
Ce que les fouilles ont révélé
Les fouilles ont mis au jour des restes du mur, au moins deux possibles tours de l’Antiquité tardive et, pour le château du bas Moyen Âge, la porte d’accès, des constructions résidentielles et de service, ainsi qu’une tour principale avec des salles. Elles ont aussi livré de la céramique grise datée entre les IVe et XIe siècles, des aiguilles, des couteaux, des poids de métier à tisser et de petites ampoules en verre dans plusieurs tombes.
Des forteresses dans les montagnes : le rôle défensif des châteaux d’Andorre
Ces constructions ne se trouvent pas là par hasard. Enclar occupe une colline qui domine Santa Coloma, et Les Bons contrôle l’entrée de la vallée vers le nord. Toutes deux reposent sur le même principe : un point haut et rocheux d’où surveiller le passage.
Bien plus qu’une défense militaire
Le cas d’Enclar montre qu’une enceinte fortifiée pouvait remplir plusieurs fonctions à la fois. Elle a été un point de contrôle, un siège administratif, un refuge pour la population et un symbole de pouvoir. Son histoire de château s’achève sur une décision politique : le paréage de 1288, qui a interrompu les travaux et ordonné la démolition.
Une confusion possible
Dans le même secteur de Santa Coloma, vous verrez la Torre dels Russos, dont le nom peut induire en erreur. Ce n’est pas une tour défensive, mais une maison particulière du début du XXe siècle, conçue par Cèsar Martinell, dont l’intérieur ne se visite pas. Elle a davantage sa place dans un parcours sur le modernisme en Andorre.
L’architecture défensive andorrane : matériaux et techniques
La meilleure leçon pratique vient de la tour de Les Bons, également appelée Torre dels Moros et classée Bien d’intérêt culturel. Visit Andorra la date du XIVe siècle, et la fiche de Castells Catalans la juge très probablement postérieure au XIIIe siècle, même s’il n’existe aucune preuve documentaire.
Comment la tour a été construite
- La roche pour fondation. Elle a été élevée sur une avancée rocheuse qu’il a fallu creuser et aplanir. Le rez-de-chaussée est taillé dans la roche, sauf l’angle sud-ouest, et pavé de dalles d’ardoise.
- Plan quadrangulaire et quatre niveaux. Les murs étaient enduits à la chaux à l’extérieur.
- Entrée par un pont. On y accédait par un pont du côté ouest, dont il ne reste que la naissance de la première arche.
- Ouvertures étroites. Les étages supérieurs ont des meurtrières, ainsi que deux fenêtres presque carrées aux premier et deuxième niveaux.
- Défense par le haut. Le troisième niveau présente une rangée de meurtrières et deux mâchicoulis, dont un double.
- Vie quotidienne. Au premier niveau subsistent les restes d’un conduit d’évacuation taillé dans le calcaire, et au troisième des latrines en encorbellement.
La tour faisait probablement partie d’une maison forte, aujourd’hui en ruine, située près de l’église. Le type de toiture reste inconnu, mais on pense qu’elle était en bois.
L’église de Sant Romà de les Bons
L’ensemble est complété par l’église du XIIe siècle : une nef rectangulaire à voûte en berceau, un porche moderne, un décor en dents de scie au-dessus de la porte et des arcs lombards sur l’abside. Elle conserve une peinture murale du XVIe siècle représentant un Christ en majesté et une reproduction des peintures romanes du Maître de Santa Coloma, dont les originaux se trouvent pour la plupart au MNAC de Barcelone. Si ce patrimoine vous intéresse, poursuivez avec cette sélection d’églises romanes d’Andorre.
Itinéraires autour des châteaux d’Andorre : comment les visiter
Monter au Roc d’Enclar
On n’y accède qu’à pied. Partez du carrer dels Barrers, à Santa Coloma, par un chemin entre les carrières d’environ 30 minutes. Au col de Sant Vicenç, la branche de gauche mène à l’église et au site archéologique. En été, des visites guidées sont proposées sur réservation auprès de l’office de tourisme d’Andorre-la-Vieille.
Si vous aimez l’aventure, le Roc d’Enclar compte aussi une via ferrata en accès libre, de difficulté moyenne, longue de 270 m, avec environ deux heures d’ascension. Vous devez apporter votre propre équipement de sécurité.
L’Arc patrimonial de Santa Coloma et La Margineda
Pour replacer Enclar dans son contexte, cet itinéraire d’environ 5 km sur pistes et sentiers, ouvert toute l’année, relie l’église de Santa Coloma, le Roc d’Enclar, la Torre dels Russos et le Pont de la Margineda, un pont médiéval de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle. En juillet et en août, il est proposé en visite guidée, avec places limitées, au tarif de 3 € : mieux vaut réserver.
Visiter Les Bons
La visite de l’ensemble de Les Bons est gratuite. Des visites guidées ont lieu en été, et le reste de l’année, elles peuvent être demandées à l’office de tourisme d’Encamp. Au passage, remarquez les deux pigeonniers modernes et le réservoir d’eau creusé dans la roche.
Que faire en hiver
L’hiver est la haute saison à Grau Roig, et Les Bons, à Encamp, constitue une très belle option pour une matinée sans ski : renseignez-vous d’abord sur la visite. La montée à Enclar, en revanche, dépend de l’état du chemin : consultez l’office de tourisme. L’hôtel se trouve à dix mètres des remontées de Grandvalira, ce qui permet de combiner la visite avec une journée sur les pistes.
Complétez votre voyage
Au retour, l’Hôtel Grau Roig vous propose son spa, inclus pour les clients, et cinq restaurants. Si la cuisine vous intéresse, consultez ce guide des menus dégustation. Si vous venez en été, ajoutez l’un de ces itinéraires de randonnée, et pour le reste de votre séjour, consultez que faire en Andorre.