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Les anciens moulins d’Andorre : voyage dans l’histoire agricole
Où voir les moulins à farine qui ont nourri les vallées
L’histoire des anciens moulins d’Andorre
Pendant des siècles, moudre le grain a été une nécessité quotidienne dans les vallées d’Andorre. Les moulins transformaient les céréales en farine pour le pain et en nourriture pour les animaux, ce qui en faisait un rouage essentiel de l’économie agricole du pays. Il en reste moins aujourd’hui, mais certains se visitent. Si vous séjournez à l’Hôtel Grau Roig, qui figure dans le Guide Michelin, voici une sortie culturelle bien différente des sorties habituelles.
Du XIIe siècle aux années 1960
D’après les documents réunis par le Comú d’Ordino, la présence de moulins à farine dans les vallées est attestée entre le XIIe et le XIIIe siècle. Tous les moulins andorrans fonctionnaient à la force hydraulique et ont conservé la structure des moulins médiévaux. Ils sont restés en activité jusqu’aux années 1960.
Combien de moulins ont existé
Le meilleur tableau d’ensemble vient de la chercheuse Francina Pons Pifarré, auteure de Moles i molins fariners d’Andorra (Aloma, 2022). Dans une publication du gouvernement, elle donne ces chiffres :
- Jusqu’au milieu du XXe siècle, 75 moulins à farine ont fonctionné.
- La mémoire orale garde le souvenir de 14 autres, plus anciens.
- 27 sont encore debout. Trois ont été transformés en logement, en salle de réunion du Quart ou en entrepôt, et les autres présentent divers états de conservation.
De plus, la seule paroisse d’Ordino comptait 23 meules à farine au XVIIe siècle, un chiffre qui donne une idée de l’importance de la mouture dans cette paroisse.
Pourquoi ils ont disparu
Les causes sont multiples : les crues, surtout celle de 1937 et aussi celle de 1982 ; l’élargissement des routes ; et le recul de leur usage à mesure que la farine était de plus en plus importée. De nombreux moulins ont continué à moudre des aliments pour animaux, et les derniers ont tenu jusqu’aux années 1970.
Les principaux moulins historiques d’Andorre
Voici les moulins documentés à connaître. Avant de vous y rendre, vérifiez qu’ils sont ouverts, car ils n’ont pas tous des visites régulières.
Moulin et scierie de Cal Pal, à La Cortinada
C’est le site le plus complet à visiter. Il date de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle et a fonctionné jusque vers 1960. En 1996, il a rouvert en tant que centre d’interprétation, avec tous ses éléments d’origine restaurés. La visite guidée comprend une démonstration de coupe du bois avec la scie hydraulique et une autre de mouture avec la meule d’origine, appuyées par une vidéo explicative. La scie transformait en planches le bois des forêts des hauts versants, pour la construction et les meubles.
Mas d’en Soler, également à La Cortinada
Avec Cal Pal, il figure parmi les moulins que Pons Pifarré signale comme ouverts à la visite. Des itinéraires organisés par le Comú d’Ordino y ont proposé une démonstration de mouture de blé.
Molí Vell, à Canillo
Il fait partie des moulins documentés de la paroisse, et Canillo est l’un des lieux dotés d’un moulin à farine visitable selon Pons Pifarré. C’est aussi à Canillo que se trouve le moulin du Tristet : son propriétaire l’a reconstruit en moins d’un an après la crue de 1937, sur un site plus abrité.
Moulin du Guillem, à Encamp
Ce moulin d’El Tremat a été restauré récemment et accueille des démonstrations de mouture du grain.
Autres moulins à voir
- Arinsal : les moulins du centre du village.
- Anyós : à côté de la station d’épuration.
- Ransol : les moulins de la vallée.
- El Tarter : le moulin du Tomàs, cité dans les documents d’Ordino.
- Santa Bàrbara, à Ordino : point d’arrivée de l’itinéraire des meules de 2021.
Le moulin disparu
Celui de Tobira, à Andorre-la-Vieille, a fourni en farine les paroisses andorranes jusqu’aux années 1960 et appartenait au Quart d’Andorre. Sa disparition est précisément ce qui a poussé Pons Pifarré à étudier les moulins du pays.
L’importance des moulins dans l’agriculture andorrane
Un moulin n’était pas un simple bâtiment : c’était l’endroit où le travail des champs devenait nourriture. Le blé donnait la farine la plus fine, selon les témoignages de l’époque.
Comment se déroulait une journée de mouture
Grâce au témoignage d’Antoni Riba, de Casa Nicolau à Ordino, on sait comment cela s’organisait. Le paysan payait avant la mouture, avec des mesures en bois : un demi-sac équivalait à une demi-punyera, et un sac entier à une punyera. Il versait ensuite le grain dans la trémie, le faisait moudre et rapportait la farine chez lui. Les sacs étaient marqués à l’encre aux initiales de leur détenteur, pour que chaque farine revienne à son propriétaire.
Eau, propriété et communauté
Dans le livre de Pons Pifarré, les moulins sont organisés par bassin fluvial : la Valira del Nord (Ordino et La Massana), la Valira d’Orient (Canillo, Encamp et une partie d’Escaldes-Engordany) et la Gran Valira (Andorre-la-Vieille et Sant Julià de Lòria). C’est logique : sans rivière, pas de moulin. Il n’existait pas non plus de modèle unique de propriété, car certains appartenaient à des particuliers, comme celui de Canillo déjà cité, et d’autres à des institutions comme le Quart.
Les expressions populaires témoignent aussi de leur importance. Le Comú d’Ordino rappelle des dictons catalans comme « combregar amb rodes de molí » ou « portar l’aigua al seu molí », toujours vivants dans la langue.
Le contraste avec les maisons
Pour comprendre le monde qui entourait les moulins, comparez deux maisons : la seigneuriale Casa d’Areny-Plandolit, à Ordino, et l’humble Casa Cristo, à Encamp. Toutes deux montrent des réalités très différentes d’une même société.
Itinéraires touristiques pour visiter les moulins d’Andorre
Il n’existe pas d’itinéraire permanent qui les relie tous, mais des parcours ont été organisés et il est facile de composer le vôtre.
Parcours déjà programmés
- Itinéraire des meules à farine : en 2021, le Comú d’Ordino l’a programmé entre La Cortinada et Ordino, en trois heures environ, dont 3 km à pied sur terrain plat, une démonstration au Mas d’en Soler, une petite exposition à Cal Pal et, pour finir, une dégustation de cocas et de pains à Santa Bàrbara.
- Itinéraire des moulins à farine : organisé par les Archives nationales avec Francina Pons Pifarré, il durait environ cinq heures et comprenait le transport.
Ce ne sont pas des activités fixes : renseignez-vous sur les prochaines dates à la Casa de la Muntanya d’Ordino, à ot@ordino.ad ou au (+376) 878 173.
Un itinéraire en autonomie à Ordino
Commencez à La Cortinada, sur l’Avinguda de Sant Martí, par le moulin et la scierie de Cal Pal. Dans le même village se trouve l’église de Sant Martí, avec des peintures romanes de la fin du XIIe siècle ; vous trouverez d’autres exemples dans notre guide de l’art sacré en Andorre. L’espace socioculturel de Cal Pal occupe un bâtiment de 1347, à l’origine une auberge. Descendez ensuite vers Ordino pour terminer la journée au Musée de la Miniature. Si vous avez envie de marcher davantage, consultez nos randonnées en Andorre.
Quand y aller
Cal Pal propose ses visites guidées en juillet et en août ; vérifiez les horaires et les tarifs sur museus.ad. Il fait aussi partie du PassMuseu, qui coûte 2,50 € et donne droit à 50 % de réduction dans trois musées.
En hiver, la haute saison à Grau Roig, le moulin de Cal Pal n’est pas au calendrier des visites guidées, mais vous pouvez tout de même voir l’extérieur et le village. Pour une journée sans ski, vous trouverez des idées de visites à couvert dans que faire en Andorre.
Préservation et restauration des anciens moulins d’Andorre
La restauration de Cal Pal en 1996 et celle, récente, du moulin du Guillem montrent que ces bâtiments ont encore un rôle à jouer comme patrimoine vivant. Mais la plupart dépendent toujours de leur état et de ceux qui les entretiennent.
Quatorze ans entre rivières et archives
Le livre de Pons Pifarré a mis environ quatorze ans à passer de l’idée à la publication. L’auteure a consulté les Archives nationales, des archives communales, des archives familiales privées et la Bibliothèque nationale. Elle a aussi recueilli des témoignages oraux et parcouru les rivières avec son mari, Teo Armengol, en plus de peindre 23 aquarelles. L’ouvrage a été présenté le 5 juillet 2022 au Conseil général.
Pourquoi il importe de les préserver
Un moulin encore debout permet de raconter l’histoire de l’eau, du pain et du travail comme aucun texte n’y parvient. Si vous les visitez, respectez les éléments d’origine et les propriétés privées : certains se trouvent au bord des rivières ou sur des terrains privés, et il n’est pas toujours possible d’y entrer.